Marie Houde: passion coopération!

  • ..childrenPubliée par Véronique Major, le 15 août 2018 à 14h59
  • ..childrenTout le Québec

Par: Véronique Major

Photographe: Renaud Vinet-Houle

Marie est pétillante et passionnée… « Et naïve! », rajouterait-elle en riant. À 38 ans, plus que jamais, les idées de projets bouillonnent dans sa tête. À cœur ouvert, elle nous confie son cheminement personnel et professionnel qui l’ont mené jusqu’à son « X », directrice générale du Grand Costumier

Enfant, j’avais déjà envie de donner, j’avais envie de partager. Mes parents me demandaient souvent si je souhaitais réellement donner telle ou telle chose à un ou une amie… Ça m’a toujours fait réellement plaisir « d’offrir » et aujourd’hui encore, j’ai 100 fois plus de fun à donner, qu’à recevoir. Je suis fondamentalement comme ça !
- Marie Houde

Le grand départ 

À 23 ans, Marie Houde termine son baccalauréat en Études internationales et décide de partir faire du bénévolat pour des coopératives de services au Pérou pendant 3 mois. Accompagnant les gestionnaires de coops jeunesses et scolaires sur différents projets, elle fait ses classes sur le terrain, et au quotidien, découvre la force de la coopération. Ce périple qui, à la base, se voulait un moment de réflexion, se révélera le point tournant d’une grande aventure entrepreneuriale. 

De retour au Québec, elle décide que ses valeurs, sa vision et son parcours professionnel n’auront qu’une seule finalité soit de contribuer à quelque chose de plus grand, un mieux-être global et collectif. 

À l’emploi d’Oxfam-Québec, la décennie suivante verra une succession de projets humanitaires, de sensibilisation auprès des jeunes face aux enjeux de la pauvreté dans le monde. Ses forces et compétences au niveau de la gestion émergent et sont rapidement mises à profit grâce à des patrons qui lui offrent la possibilité de s’épanouir et de grandir professionnellement. 

Tant que l’humain reste au centre, la passion du travail trouve écho chez la jeune altruiste.  

Puis, en 2010, Marie prend une année sabbatique afin de compléter une maîtrise en administration à l’ÉNAP. 

Et si la gestion pouvait changer le monde? 

Maintenant, changer le monde, ça veut dire plein de choses! Ça passe entre autres par la coopération et l’entraide humanitaire, mais aussi, par des vecteurs d’affaires et d’entrepreneuriat tel que l’économie sociale.  

C’est une rencontre avec une copine qui mènera Marie vers de nouvelles avenues. Celle-ci lui parle alors d’un poste à l’École nationale de l’humour : - Pour moi, à cette époque, ma contribution à quelque chose d’humain devait absolument passer par de l’humanitaire, nous confie-t-elle.  

Mais à ce moment bien précis, les besoins de l’École correspondaient aussi aux forces et compétences que Marie avait développées au fil des années, entre autres chez Oxfam ainsi que par sa récente formation académique (planification stratégique, développement des affaires, etc.).  

Suite à un bon questionnement, à savoir si elle ne s’éloignait pas de son leitmotiv, elle s’est finalement dit «… Ben, pourquoi pas!». 

Pivot vers la culture, l’École nationale de l’humour lui permettra de faire la rencontre de plusieurs personnalités du milieu avec qui elle transige toujours aujourd’hui au sein du Grand Costumier. Ces producteurs et productrices, jeunes créatifs (souvent pas si jeunes!) de l’humour viennent toucher une corde sensible chez elle. C’est le courage de tout recommencer, souvent à un stade de la vie où de plus en plus de responsabilités économiques et sociales nous incombent, qui l’émeut particulièrement chez ces artistes. 

Elle roule sa bosse à l’ÉNH à titre de directrice des opérations et du financement pendant les 4 années suivantes. Cette position stratégique dans le milieu culturel lui permet de voir tous les volets de gestion d’une telle organisation en plus de seconder la plupart des gros dossiers aux côtés de Louise Richer, directrice générale fondatrice de l’ÉNH

Le Grand Costumier et l’entrepreneuriat social 

Il fallait prendre soin de cette collection, car il s’agit de notre culture, notre mémoire collective et ce, dans un optique de redistribution de la richesse de notre patrimoine à la communauté.

En 2015, le milieu artistique et culturel québécois est attristé à l’annonce de la fermeture prochaine du costumier de Radio-Canada . La société d’État ayant coupé les vivres du département de costumes, ses jours étaient comptés.  

Réunis autour de la table, acteurs du milieu de la production, de l’économie sociale, de la culture et représentants du gouvernement tentent de trouver des solutions afin de sauver et pérenniser les activités de l’organisation. L’OBNL Le Grand Costumier naîtra de ces réflexions collaboratives.

Lorsqu’on lui parle d’un poste à combler au sein de la nouvelle organisation, c’est le coup de foudre pour Marie: "Je me sentais rendue là dans mon cheminement professionnel. C’était une occasion unique de bâtir quelque chose à partir de zéro en tant que directrice générale du Grand Costumier. Ici, mon parcours communautaire et social rejoignait mon parcours culturel. Et ça me ramenait fondamentalement à mon centre, mon besoin d’aider les autres."  

… Aider les créateurs dans leurs contraintes de temps, d’argent et de ressources. 

La richesse et la force de ce projet-là sont intrinsèquement liées à ses contributeurs. Les initiatives innovantes en économie collaborative, tel que La Ruche ou les obligations communautaires du TIESS, sont des leviers très forts pour faire entendre la voix des collectivités et ont grandement servi à la construction du Grand Costumier. Desjardins, La Caisse d’économie solidaire… tous ont été très impliqués dans le projet du Grand Costumier et ce, bien avant que j’arrive en poste. Ils ont toujours été là pour nous, ne m’ont jamais regardé de haut. Ça prend des mains tendues pour te monter…  

Pas besoin de vous dire que ça va vite depuis que Marie a pris les gouvernes du Grand Costumier. Déjà, 40% du chiffre d’affaires est maintenant hors Québec. Les pôles de production de Toronto et Vancouver y sont pour quelque chose. Le plan de marketing complété, une campagne de promotion hors Québec ainsi qu’une campagne de positionnement à Montréal sont à prévoir dans les prochains mois. Après 2 ans en opérations, Marie Houde est maintenant en mode développement d’affaires; croissance plus, plus!  

Au niveau des mandats auprès des créateurs, Marie nous explique qu’un programme de formation et de perfectionnement sera mis en place à l’automne. Le transfert de connaissances devient en ce sens primordial afin de créer la rencontre et les échanges entre les créateurs et leur relève. 

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Autre projet auquel l’équipe du Grand costumier s’attaquera cet automne : la restauration de la collection (qui comporte plus de 100 000 costumes datant des années 50 à aujourd’hui). 20% de ceux-ci doivent être restaurés de façon urgente. Ce qui requiert beaucoup d’argent que l’organisme ne possède pas. Les obligations communautaires sont un des leviers de financement préconisés par Marie et son équipe : "Dès qu’une obligation entre, j’engage une couturière. Je vois l’impact de l’investissement directement."

Modèle de femme  

Plusieurs femmes ont inspiré Marie. Elle se confie : "Dans ma tête, j’ai comme un petit CA féminin : anciennes collègues, anciennes gestionnaires inspirantes grâce à leurs forces et compétences. Je les «consulte» lorsque je n’arrive pas à me faire une tête sur un dossier. L’effet A, c’est fort. Il faut par contre accepter la solitude du leadership au féminin, tant en gestion des risques que dans les prises de décisions plus globales". 

Une chose est certaine, les valeurs, la ténacité et la générosité de Marie l’ont menée à être cette femme inspirante que nous avons toujours plaisir à découvrir et redécouvrir.  

Faire autrement, essayer et persévérer, toujours avec son cœur, en tenant compte des autres, c’est « ça » la recette du succès de Marie Houde : passion coopération.  

Marie Houde est lauréate du prix Ardi 2018  

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Pour découvrir Le Grand Costumier : 

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